Mais commençons par le commencement. Car une partie de l’intérêt du voyage réside aussi dans le trajet entre Hanoï et Lau Cai à la frontière chinoise (j’ai vu la Chine de l’autre côté de la rivière (cherchez pas de contrepèterie, y’en a pas)) qui se fait en train. Là un nouveau dilemme se pose: le trajet durant 6h, vous pouvez soit perdre une grosse demi-journée dans les transports mais profiter de la vue, soit opter pour le train de nuit mais oublier le paysage défilant et s’élevant lentement.


Je vous laisse deviner quelle option j'ai choisi...

Atmosphère assez unique, on n’a pas tellement l’occasion de voyager en train dans la région et ces vieux wagons ont vraiment leur charme. C’est un truc que je ferai un jour, ça, un trip Orient-Express. Je partageais mon compartiment à l’aller avec un couple autour de la soixantaine. Lui était marine pendant la guerre du Vietnam, elle petite commerçante à Saïgon, ils vivent aux États-Unis mais une partie de leur famille est maintenant établie au Vietnam, une histoire assez intéressante.


Train de nuit et palmiers dans le brouillard, atmosphère garantie!

Arrivée au petit matin à Lau Cai avec la tête dans le… dans un endroit habituellement pas réservé à cet usage, il reste encore une grosse heure de route sinueuse en mini-van et cette fois, le soleil étant levé, on peut admirer le paysage et la montagne dans laquelle on s’enfonce. On laisse les sacs dans la première auberge qu’on trouve, on trouve un guide et c’est parti pour deux jours de randonnée!


Oh! Des chevals! Comme c'est bucolique!

Petit détail: il fait froid. Mais genre pour de vrai. Genre il faut sortir les manches longues et tout. Ouais c’est ça, rigolez, on voit bien que vous vivez dans un pays où il fait 30°C toute l’année. Bref, par une dizaine de degrés, on est bien content d’avoir une petite laine à passer quand on n’est pas en plein soleil... La nuit, les température approchent (sans l’atteindre) le zéro et le feu dans la cheminée du petit bar d’en face est vraiment bienvenu. Illustration de l’esprit retors du vietnamien : le chauffage est en option dans les hôtels. Pas bien cher mais il faut penser à aligner quelques billets pour que le préposé pense à ouvrir le robinet d’eau chaude de votre radiateur.


Schwarzwald in Vietnam!

Mais finalement, ce qu’on vient voir à Sa Pa, ce ne sont pas les conduits de chauffage d’immeubles construits à la va-vite dans les années 70 ou 80, c’est un putain de décor. Crêtes, pics, flans couverts de rizières en escalier, rivières qui serpentent entre les vallées et autres villages de tribus locales. J’ai passé l'essentiel de ma vie au bord de la mer ou dans des plaines, en tout cas toujours relativement éloigné de massifs montagneux mais j’ai vraiment une attirance pour ces paysages qui dépassent un peu de la ligne d’horizon. C’est quelque chose que j’adore à Hong-Kong, ce mélange de ville, de montagne, de forêt et de mer est magique.

Autre grosse différence avec le reste du pays, tout le nord du Vietnam est principalement peuplé de tribus. Elles parlent des dialectes locaux plutôt que le vietnamien (les enfants, grâce au tourisme parlent souvent mieux anglais que vietnamien), le taux d’illettrisme est plus élevé ici qu’ailleurs dans le pays alors que l’administration communiste fait pourtant de gros efforts pour apporter un bagage minimum de lire-écrire-compter à la population (l’école est gratuite pour les enfants des tribus et payante pour les vietnamiens de souche); la vie des villages de montagne et la perpétuation des secrets de fabrication des accoutrements traditionnels de chaque groupe ethnique est plus important que savoir lire et l’artisanat suffit à faire vivre la population.


Femmes Hmong Noires et Dzao Rouges sur la route du marché

C’est d’ailleurs ce qui rend le marché de Sa Pa célèbre. Chaque week-end, les populations locales en provenance de tous les hameaux alentours se réunissent sur la place centrale du village, apportant leur production de la semaine; on y négocie tout ce qui peut être utile mais c’est aussi un moment de socialisation et de fête qui permet aux nouvelles de circuler, aux mariages de s’arranger et à tout le monde de parler couture, bétail et beau temps en vendant des sacs 10 fois leurs prix aux touristes. Cette vie donne des impressions de campagne reculée au début du XXème siècle, si on oublie les téléphones portables, les cafés internet, et quelques emballages plastiques...


La porte du marché de Sapa


Chip chip! Haveulouque!


Autre spécialité de la région: la gravure sur pierre. Certaines pièces sont des chefs d'œuvre!

Allez, encore quelques photos du paysage avant de rentrer à Hanoï:

Pas de paysage sur le chemin du retour puisque tout s’est fait dans la nuit (et dans le brouillard pour ne rien arranger). Dans le train, c’est avec 3 français que j’ai dormi, enfin pas avant d'avoir pris quelques nouvelles du pays et une bonne belote. Une petite journée de récup le lendemain à Hanoï, et me revoilà parti vers de nouvelles z’aventures: c’est fini pour le nord du pays, direction le centre; Huê, Danang et Hoi An.