Une fois arrivé dans la capitale vietnamienne, une des premières choses à faire est de se balader d’agence de voyage en agence de voyage pour dénicher une offre intéressante vers la célèbre baie. Inutile de vous dire que ce ne sont pas les propositions qui manquent et que faire le tri entre arnaques et bons plans n’est pas une mince affaire! Vous préférez un grand ou un petit bateau? Combien de chambres à bord? Et pour combien de temps? Une simple journée? Deux jours? Trois? Et les nuits, vous les voulez sur la jonque, dans un hôtel du port d’Ha Long ou sur une île-réserve naturelle? Et quel niveau de prestation attendez-vous? Une chambre de luxe ou un matelas par terre? On peut partir pour quelques dizaines de dollars (comme au Cambodge, la monnaie locale cohabite avec le dollar américain) mais certaines prestations du genre lune de miel pour milliardaire affichent sans complexes des sommes à 4 chiffres la journée! Bon, soyons honnêtes le gros du troupeau se situe autour de la centaine de dollars pour deux jours et une nuit sur une jonque, transfert depuis Hanoi, nourriture, hébergement et visites comprises.
Après y avoir pas mal réfléchi, je me dis qu’il n’y a pas vraiment de réponse idéale à toutes les questions que j’ai posé un peu plus haut ; tout dépend de votre état d’esprit général, de votre humeur du jour, de ce que vous attendez du voyage et bien sûr de votre budget. Pour moi c’était une excursion peinard, deux jours de glandes au milieu de deux semaines à parcourir le pays en tous sens sans trop chercher à faire la connaissance d’un maximum de monde, exit donc les bateaux-boites de nuits, les trucs un peu trop cheap et les grands groupes.

Tout commence à Hanoi à 8h le matin du premier jour. Un minivan fait le tour des hôtels de chaque futur passager de la croisière que j’ai choisie. Me voilà embarqué avec une paire d’étudiantes australienne, un écossais (avec l’accent et tout, un vrai de vrai!), un couples d’indonésiens, trois backpackers australiens, trois hongkongais en vadrouille, un expat français de 60 balais qui vit à Shanghai et sa femme chinoise ainsi que deux mamies suédoises. Après quatre heures de bus dans la campagne vietnamienne (avec ça et là un parc industriel ou une centrale à charbon et un peu partout des bâtiments ou des monuments officiels à la gloire du régime en place), nous arrivons au port d’Ha Long où nous embarquons sur notre navire. Pas le temps de profiter des superbes chambres (une offre dans la moyenne haute des tarifs proposés me donnait droit à une chambre lambrissé, mobilier accordé, salle de bain avec un sol en pierre, ménage et draps irréprochables, grand écran plasma (tu parles d’un truc inutile quand le spectacle est à l’extérieur!) et tout ce que j’aurai attendu d’un service 5 étoiles; je me demande ce qu’on a en payant plus...), le déjeuner nous attend déjà.


Ma chambre. Comme on dit dans les cantines du nord de la France: "Ça va, c'est pas dégueu"


Et nous ne sommes que dans un trois étoiles!

Puisque c’est la première fois que je vous parle de manger, je fais une petite pause dans mon récit. A chaque fois que j’ai fait mention de mon voyage avant mon départ, la première ou la seconde chose dont on parlait était à quel point la bouffe était bonne. Et bien grosse surprise: elle est effectivement très bonne ! Le porc, le mouton, le bœuf, le canard sont des viandes très répandues et le poulet est moins omniprésent qu’ailleurs dans le sud de l’Asie; comme dans tout bon pays avec 2000km de côte qui se respecte, on consomme également quantité de poissons et de fruits de mers. Il y a du riz partout bien sûr mais aussi beaucoup de fruits et légumes frais, grillés ou bouillis et rarement frits comme en Chine, en Malaisie ou en Indonésie. Il n’y a pas à s’étonner que les vietnamiens (et les vietnamiennes, miam) gardent la ligne! Entre ça et un rythme de vie généralement plus actif, je crois que je sais pourquoi je n’ai pas vu le moindre obèse lors de mon périple. C’est à peine si certains auraient de l’embonpoint, malgré la taille des portions (la moitié du temps je n’ai pas fini tous mes plats). En un mot comme en cent: c’est vraiment bon. Et la cuisine à bord de notre jonque ne faisait pas exception à la règle.

Au fur et à mesure que nous finissons notre repas, notre navire nous emmène vers la baie et les amas de roches karstiques commencent à apparaitre. D’abord isolés, puis par grappe et enfin partout autour de nous. Pour ne rien arranger, il fait un temps magnifique (mais bon, je suis sûr que ce paysage reste superbe même sous la pluie de toute façon…) Imaginez-vous un peu un bateau de pirates chinois croisant dans le Golfe du Tonkin, sauf que c’est le Vietnam, qu’on est pas dans le Golfe du Tonkin et que les pirates, ce sont plutôt ces femmes qui se baladent en barque d’une jonque à l’autre pour vous vendre bières et Pringgles...


"Buy Somethiiiing!"

En milieu d’après-midi après quelques heures de navigation dans la baie, nous accostons sur une île pour visiter les caves naturelles creusées par l’érosion au fil des siècles. Chaque anfractuosité, chaque proéminence a une histoire et porte un nom censé rappelé sa forme : le dragon, la tortue, je ne sais pas quel arbre et ainsi de suite. J’avoue que j’ai vite eu marre de cette énumération, pas tant à cause de la visite elle-même mais à cause des dizaines de groupes de touristes présents. Je veux pas vous (nous) mettre la honte mais les voyageurs français sont vraiment des gros lourdauds bruyants infichus de respecter les règles élémentaires de bonne conduite. Bref, quand on sort des caves, on profite d’une vue sur l’ensemble de la baie et le spectacle permet d’oublier ce moment un brin désagréable.


Alors au choix: un saule pleureur, une locomotive ou une femme qui récolte du riz. Rorschach aurait été fier de moi


Je ne vous montre pas le promontoire où les touristes jouent des coudes pour prendre des photos, ça casserait un peu le mythe

Et puis, il est déjà 17h, le soleil se couche (il se couche tôt et se lève très tôt au Vietnam), ceux qui le veulent peuvent piquer une tête depuis le pont supérieur. Mais je vous le demande, quelle est la meilleure chose à faire en regardant le soleil se coucher sur un paysage paradisiaque quand vous avez 5 australiens et un écossais sous la main? Prendre l’apéro et parler rugby, bien sûr! Puis c’est l’heure du diner (super bonne bouffe, toussa), de re-boire quelques coups, d’esquiver le karaoké et d’aller dormir comme une masse bercé par la très légère houle. Je ne sais pas pourquoi mais je n’ai absolument aucun problème à dormir sur un bateau alors que ça m’est absolument impossible dans les autres transports (ceux qui ont navigué de nuit avec moi entre Ko Tao et Phuket par une nuit d’orage pourront témoigner).


Soleil couchant sur la Bair d'Ha Long


Se déplacer en kayak permet de découvrir des baies inaccessibles autrement...

Levé tôt (5h) le lendemain pour profiter du lever de soleil dans la brume matinale. Comme il ne faut pas déconner non plus, je retourne me coucher après avoir vu le soleil émerger et finis ma nuit tranquillement. La matinée est consacrée à une excursion en kayak entre les rochers et c’est d’autant plus agréable que les autres touristes se sont barrés et que certains endroits sont inaccessibles autrement. Et il est déjà l’heure de rentrer: dernier repas à bord, retour tranquille entre les rochers sous un soleil de plomb, 4 heures de bus et me voilà de retour dans Hanoi débordante d’activité en pleine heure de pointe. Mais pas le temps de regarder les millions de mobylettes passer à la terrasse d’un café, ma prochaine excursion commence tout juste avec le train de nuit qui va m’emmener dans les montagnes du nord du pays à Sapa!


Changement radical d'environnement pour le prochain article! Sortez les pulls, il va faire froid!