J'ai commencé mon séjour par deux jours à Phnom Penh en compagnie d'un groupe d'amis de Singapour dont quelques-uns d'origine cambodgienne qui auront un peu joué les guides. Bon forcément, y aller avec des amis qui n'ont pas envie de (trop) faire les touristes et des locaux, ça réduit le nombre de photos de temples que j'ai faites. Mais en échange, on découvre le vrai pays et on se marre bien, ce qui n'est pas plus mal...

Tout a commencé par un lever très (très très) tôt. Le lendemain de l'ouverture des JO, ce qui voulait dire que je n'étais pas couché avec les poules la veille. En arrivant à l'immigration de la capitale cambodgienne j'ai tout de suite senti que ce séjour allait bien se passer. On se met bien en rang pour payer nos 20$ de visa et avoir notre tampon. L'officier d'immigration prend mon passeport de service (celui que m'a filé l'ambassade, "passeport d'agent secret" disaient certains avant de disparaître dans des conditions pas très claires...), le file à son chef, qui m'appelle, me fait passer devant le reste de la queue et me rend mes 20$ avec un tampon "gratis". Hééé oui, on m'avait prévenu que les petits arrangements entre amis étaient fréquents dans le pays, mais là ça a été encore plus rapide que prévu...

Tiens d'ailleurs puisque je viens de parler de sous, un point sur la monnaie locale: la devise officielle est le riel. Mais comme 1€ vaut à peu près 6000 riels et qu'ils n'ont pas envie de sortir la brouette pour aller acheter une baguette (héritage français, il y a du pain au Cambodge, c'est pas merveilleux, ça?), ils ont décidé de fixer leur monnaie sur le dollar US à 1 US$ pour 4000 riels. Du coup le riel est une sorte de cent du US$. Pratique et efficace.

Bref, immigration, toussa, réglé. Avantage d'avoir des locaux dans le groupe, nous n'avons pas eu à négocier les prix (ou si peu, juste pour le fun finalement), ils l'ont fait pour nous la plupart du temps et j'ai pu en prendre de la graine pour la suite du voyage. Le moyen de transport le plus simple pour le touriste est soit le motodob (à l'arrière d'une mobylette-scooter-taxi), soit le tuk-tuk, un peu plus confortable et pratique quand on trimbale des bagages ou qu'on est plusieurs. La circulation est, un peu plus que partout ailleurs dans la région, parfaitement chaotique. On devrait rouler à droite (pas comme chez ces sauvageons de singapouriens!) mais on peut se rabattre sur la voie de gauche plusieurs dizaines de mètres avant si on veut tourner, il n'y a pas de marquage au sol, des feux de signalisation ont été installés mais très récemment (quelques mois, un ou deux ans tout au plus) que les automobilistes ignorent le plus joyeusement du monde, les voitures n'ont pas de plaques d'immatriculation, etc. Un européen un brin tatillon sur le code de la route y perdrait son latin, mais il faut avouer qu'au final, tout se passe avec une fluidité déconcertante, le principe de base étant de ne jamais s'arrêter, le tout en souriant aux gens, en faisant coucou au gamin sur le bord de la route et en profitant du paysage. Dans ces conditions, quand on a réfléchit à louer des mobylettes, téméraire comme vous me connaissez et bon pilote comme je me connais, je me suis immédiatement déclaré passager-boulet :D


Donc là, si vous regardez le feu de circulation, tout le monde est à contre-sens...

Le logement n'était pas une préoccupation non plus, nous étions dans la maison du cousin de la femme d'une amie d'une fille qui connaissait quelqu'un dans le groupe. Les occupants habituels, une famille européenne en vacances ailleurs, nous hébergeait donc gracieusement dans une immense maison: piscine, balcon et terrasse, cuisinier, gardien et jardinier. Yeah, baby :)

Une fois toutes les considérations de logement, d'argent et de transport (les trucs secondaires, quoi) réglées, direction l'Ile de la Soie (Koh Dach en khmer, l'île détachée). Parce qu'un des grands pays de la soie, c'est le Cambodge. Nous voici donc partis pour une petite île sur le Mékong,un peu en amont de Phnom Penh. Après 30 minutes de route et 10 minutes de bac sur le fleuve boueux (nous sommes en plein milieu de la saison humide, même si le beau temps ne rendra pas le fait évident tout au long de mon séjour), nous voilà sur les pistes terreuses d'une campagne asiatique reculée. Autour de nous, des champs et le fleuve de temps à autre, quelques temples, des poules, des vaches, des enfants qui poursuivent nos scooters pour arracher un bonjour et ça et là des bicoques traditionnelles, isolées ou par petits groupes.

Est-ce que c'est typik'?

C'est justement dans ces maisons en bois que se passe ce qui fait la renommée de l'île. La maison-type cambodgienne est toujours montée sur pilotis: on vit à l'étage pour éviter les crues et les infiltrations pendant la mousson et s'isoler des animaux sauvages ou domestiques. Sous la maison, se trouve la plupart du temps une basse-cour, un débarras, des hamacs, des lits où les femmes se massent entre elles ou des métiers à tisser. Je ne sais pas si vous avez vu à quoi ça ressemble de près mais c'est un beau boulot d'ingénieur que d'organiser tous les mécanismes qui permettent aux fils de s'entremêler pour former dégradés et motifs! 

Avec le jour déclinant, les couleurs ont encore gagné en intensité, chose que mon pauvre appareil photo ne pourra jamais rendre comme il faudrait. Dans ces conditions, une seule chose à faire: ranger l'électronique défectueuse et profiter du spectacle en se disant que, c'est promis, on s'achètera un EOS 450D un jour, quand on sera riche. Le coucher de soleil sur une petite paillote les pieds dans le fleuve et l'Anchor à la main en racontant des conneries avec les potes aide quand même bien à oublier ça :) Après, il faut bien sûr rentrer à Phnom Penh sur les routes chargées de travailleurs des rizières qui rentrent chez eux le soir venu à 40 par petite camionnette conduite un peu n'importe comment. On est dimanche soir et on finit le premier jour d'une grosse semaine de vacances. Chouette!