Ça fait envie, hein? Regardons déjà un peu comment l'affaire est ficelée par le gouvernement:

  • Point n°1: pour recevoir un droit de publication, tout organe de médias a besoin de l'approbation sur chacune de ses parutions de la Media Development Authority (MDA). Tout y passe: les films (Kill Bill 1 n'est ainsi jamais sorti à Singapour: trop violent et amoral!), la télé, la radio, les journaux, les magazines, les publicités, les bus, les sites web (une centaine de sites rendus inaccessibles par an de source non-officielle), et même le contenu de certaines vidéos (oui, vous pouvez la voir, c'est normal, mais moi j'ai droit à un superbe "This video is not available in your country"). Pour un peu, on appellerait presque ça de la censure, non?

  • Point n°2: selon le Newspaper and Printing Presses Act of 1974 (encore lui, oui) aucun mouvement de personnel au niveau du management dans une boîtes du secteur (qui ne se limite pas, comme le nom de la loi l'indique si bien, à la presse écrite) ne peut se faire sans l'approbation du MICA, le Ministry of Information, Communications and the Arts, dont l'un des 6 conseils est (oh magie!) la MDA. Étonnant, non?

  • Point n°3: posséder les diffuseurs de la presse. Tout simplement. Plutôt que de se faire chier à contrôler plein de boîtes de médias (ce qui en plus fait "un peu trop" régime autoritaire), on en crée une grosse qui absorbe toutes les autres. Ainsi, Singapore Press Holdings (SPH, dont le PDG est un ancien directeur des... *TOUSS* services de renseignements singapouriens *TOUSS*) prend bien soin de posséder 14 des 17 plus gros journaux du coin et d'être étroitement lié aux autres par des jeux financiers. C'est un peu leur agence Xinhua (Chine Nouvelle) à eux. L'autre principale compagnie de diffusion est le groupe MediaCorp (qui est en situation de monopole sur le marché des chaînes télé gratuites) détenu à 100% par Temasek Holdings (appartenant à 100% au Ministry of Finance, quand je vous dit qu'il y a plus subtil comme montage financier vous me croyez? Jetez donc un oeil au portfolio...), principal outil d'investissement de l'état (accessoirement dirigé par la femme du... *TOUSS* premier ministre *TOUSS*) dont on parle un peu plus depuis un an à mesure que les fonds souverains creusent leur trou dans la toile financière mondiale. Je pense que je n'ai pas besoin de vous faire un dessin: toute la presse, écrite ou pas, et plus généralement tous les médias sont contrôlés plus ou moins par l'état...

Voilà pour l'état des lieux. Maintenant, avoir une telle mainmise sur les médias, c'est "très bien" mais la question est "pourquoi faire?" Il ne faut pas chercher bien loin pour trouver la réponse: nouvelles économiques et politiques pas toujours exhaustives, encouragement au civisme ("aimez Singapour!") et à tout ce qui arrange le gouvernement ("faites plus de bébés!"), messages concernant la santé ("attention à la dengue!"), programmes scientifiques pour faire la promotion des études dans ce domaine (rapport aussi à cette discussion) et bien d'autres choses... C'est le principal outil dans le plan gouvernemental qui consiste à expliquer aux gens que tout ce qu'ils font pour Singapour est formidable et les a mené à la tête de l'Asie (rien que ça) mais qu'il faut continuer à en faire encore plus si on ne veut pas se faire massacrer par tout ces méchants qui sont en dehors de nos frontières, entendez-vous mugir ces féroces soldats, aux armes citoyens! Ah... non, on me fait signe que le 14 juillet c'est dans deux jours encore, pardon. Bref, une politique mi-nombriliste mi-paranoïaque qui contribue à garder cette population obéissante comme un seul homme qui a fait le succès de la cité-état lors des 30 dernières années.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur le sujet et notamment les investissements des groupes sus-cités dans des compagnies étrangères avec tout ce que cela peut comporter d'ingérence économique ou médiatique mais là j'en ai marre de réfléchir et de vous chercher des liens... Vous aurez compris que l'information à Singapour est étroitement surveillée. Et comme vous avez été sages, vous avez droit à une petite récompense.