Sonny Rollins
Par tOpaZ le 29 mai 2008, 05:04 - Lu, vu, entendu - Lien permanent
Voici sans doute une des très rares fois où je vais parler d'un immense jazzman sans tomber dans la rubrique nécrologique! Eh oui, certains papys du jazz (en fait c'est le dernier) sont encore debout. Mieux! Ils continuent de se produire en concert. Encore mieux! Ils se produisent à Singapour! Donc mercredi soir, c'était soirée jazz à l'Esplanade:

Bon, il faut bien avouer que ce n'est plus la grande époque. L'homme qui a participé avec Max Roach et Art Blakey au lancement du Hard-Bop parce qu'il trouvait le Cool Jazz de la cote ouest trop mou a perdu en intensité. Je n'ai jamais trop aimé toute sa période free qui se sent encore beaucoup dans son jeu (et dans son dernier album, Sonny, Please auquel je n'accorde qu'un avis mitigé). Il faut dire que Sonny Rollins a toujours voulu renouveler son jeu. En 1959 déjà, alors qu'il venait de sortir les monumentaux Tenor Madness, Saxophone Colossus, Night at the Village Vanguard et que son avenir s'inscrivait en lettre d'or sur la 52e, il avait tout plaqué pour aller chercher d'autres sonorités et complètement disparaître de la circulation. Ce n'était bien sûr que pour revenir un peu plus tard avec des nouveautés plein les poumons mais le style n'était plus aussi conventionnel, le Free Jazz était en route. Forcément à ce compte-là, tout ne peut pas être du même niveau...
parce qu'il trouvait leBon allez juste pour le plaisir de vous résumer 67 ans passés à souffler dans un saxophone avec quelques noms: Coleman Hawkins, Lester Young, Charlie Parker, Dizzy Gillespie, John Coltrane, Elvin Jones, Art Blakey, Thelonious Monk, Tommy Flanagan, Max Roach, Clifford Brown, Bud Powell, Miles Davis, Red Garland, Paul Chambers, Philly Joe Jones, Jay Jay Johnson. Ne cherchez pas, ils y sont tous (dans le désordre et je vous laisse ajouter ceux que j'ai oublié)! Même les Stones en 81 (j'ai cherché un moyen un peu subtil pour introduire les "Rollins Stones" mais j'ai pas trouvé, alors vous héritez de la blagues vaseuse brute de décoffrage...). Pour vous donner un équivalent c'est un peu comme si un guitariste avait joué dans sa carrière avec tous les groupes qui sont passés à Woodstock en 69.
Sonny Rollins a été de tous les mouvements du jazz de 1940 à aujourd'hui, il a vu la plupart des grandes tendances jazzistiques avant tout le monde, il a rendu célèbres quelques pièces qui sont aujourd'hui des standards (St Thomas et Moritat sont les deux plus connus je pense), il a mélangé et exploré tous les courants. Et surtout, SURTOUT, il est encore vivant. On doit se faire un peu chier aujourd'hui quand on a été un des grands de l'age d'or du jazz et qu'on ne trouve plus des musiciens à sa mesure mais le bonhomme continue d'explorer, de pratiquer un jazz assez peu conventionnel, un peu à l'avenant. Pour ça, juste pour ça et même si ce n'est pas mon jazz préféré, j'aurai pu tuer pour aller lui rendre hommage.
Le concert en lui-même n'est pas la plus belle performance que j'ai vue dans ma vie d'auditeur (c'est quoi cette idée de mettre des solos de percus sur les balades???) mais le bonhomme de pratiquement 80 balais se déplace encore bien sur scène, trimbalant et agitant son sax ténor (que j'ai toujours préféré d'assez loin à l'alto), soufflant comme un damné pendant les 2h du concert (30 minutes de plus que ce qui était prévu ; vous ne vous en rendez pas compte mais à Singapour c'est exceptionnel, il me semble l'avoir déjà dit mais un concert prévu pour durer 90 minutes ici fait entre 89 et 91 minutes en général). Je ne sais pas si je le reverrai un jour mais au moins une fois dans ma vie j'aurai vu et entendu un des pères fondateurs. J'en aurai pleuré. Amen.
Commentaires
Alors là, j'aurais aimé y être! bon, je vais me mettre un disque...
C'est vrai que quand on entend parler de Sonny Rollins, la première chose qu'on se demande c'est "tiens, il est pas mort lui ?"
Par contre quand tu dis :
"un des grands de l'age d'or du jazz et qu'on ne trouve plus des musiciens à sa mesure "
je m'insurge et m'inscris en faux !!!
Oui Sonny Rollins est un vestige de "l'âge d'or", celui où le jazz commençait à écrire son histoire, et surtout où c'était une musique qui était encore un peu populaire, mais de là dire qu'il n'y a plus de musiciens à sa mesure, non non et non !
Le jazz souffre de n'être plus qu'une musique de l'élite des mélomanes et des snobs ça oui, mais que le niveau est baissé non !
Pour prendre un exemple simple, est-ce qu'un Brian Blade n'est pas à la mesure d'un Max Roach ?
Hmmm, mon expression n'est pas exacte, effectivement. Disons qu'il s'agit plus de la conjonction de la rencontre entre musiciens extraordinaires et de la création d'un mouvement musical.
Le talent de Brian Blade est certain (et j'ajouterai même qu'il pratique un style de batterie qui me convient mieux que celui de Max Roach) mais l'influence qu'il a sur le genre est bien moindre que celle de ce dernier et c'est en ce sens que je parle de musiciens "à la mesure" de notre ancêtre du ténor... Le seul tort d'un Brian Blade finalement est d'être né 30 ou 40 ans trop tard.
Le jazz dans son ensemble est un monde déjà créé (il y a encore des évolutions mais le gros de la légende est écrite) et l'hommage que je rends aux musiciens de l'âge d'or est relatif autant à l'établissement d'un genre qu'à de réelles compétences musicales.
Pour revenir à Sonny Rollins et au sax ténor, Je préfère d'assez loin ce que fait Joshua Redman mais je ne pense pas que le second inscrira son nom dans l'histoire du jazz comme l'a fait le premier.
Ah, un peu de branlette théorique sur l'histoire de la musique un dimanche soir, y'a que ça de vrai :)