J’ai écrit ce qui suit à Singapour lorsque j’avais un peu de temps libre. Je n’en ai pas eu beaucoup mais je trouvais que l’exercice serait plus vivant qu’un long récit écrit à mon retour à Paris. Afin de garder tout l’effet "sur le vif", je n’ai pas retouché le texte.

Lundi 5 mai :

Au départ de Paris je suis assis à coté d’une australienne mais très vite elle repère une rangée vide et va s’y installer me laissant deux sièges libres pour tenter de trouver une position acceptable pour les 12 heures de vol à venir.

L’arriver à Singapour est superbe. Nous survolons des terres qui paraitraient complètement sauvages s’il n’y avait pas quelques ilots d’habitations de temps en temps.

Après avoir récupéré mes bagages, je vais prendre le MRT. La station se situe dans l’autre terminal. Je profite de l’occasion pour gouter au climat et y vais à pied. A peine ai-je fait 10 mètres dehors que la moiteur m’enveloppe. J’ai l’impression que le guide de voyage que je tiens à la main commence à se ramollir sous l’effet de l’humidité.

Je sors du MRT à Bugis et me retrouve en plein milieu d’un labyrinthe urbain. Confiant dans mon sens de l’orientation, je fais quelques pas mais impossible d’arriver à se repérer. Je finis par demander ma route à une passante.

L’hôtel –Albert Court Hotel - est vraiment très sympa. J’y dépose mes affaires et pars faire un tour dans le quartier. Je dine dans un restaurant – une cantine ?- où il y a une quinzaine de petits comptoirs proposant chacun une cuisine différente. Je choisis le stand "Japanese food". La cuisinière/caissière ne parle a priori pas un traitre mot d’anglais ou tout du moins je ne comprends absolument rien. Heureusement, les menus sont numérotés et je lui indique mon choix en pointant du doigt la carte. Je suis étonné de ma faciliter à manger avec les baguettes. En partant, je vais prendre une bière. La simple canette de Carlsberg me coute plus cher que le repas.

http://picasaweb.google.com/mathieu.bouet/Singapour/photo?authkey=ESPQY0YrybQ#5202804307730263618

Je rentre à l’hôtel et me fais couler un bain afin de regarder tranquillement quelques épisodes de Californication. A peine suis-je immergé que le téléphone de la salle de bain se met à sonner. Je décroche.

"Did you order an ice cream ?

-          Hmmmm no. It’s not me."

Puis une seconde femme s’empare du combiné et commence à roucouler quelque chose en chinois. Fatigué, je raccroche. Fallait-il vraiment comprendre ce que j’ai compris ?

Mardi 6 mai :

Premier jour de conférence. Ce matin en sortant du métro je me suis encore perdu. Heureusement quasiment tout le monde parle anglais et du coup on retrouve facilement son chemin. Je suis arrivé une minute avant que le bus parte. Apparemment ils ne plaisantent pas trop sur les horaires.

Sur le lieu de la conférence j’ai retrouvé une maitre de conférence que je connaissais bien. J’ai également fait la connaissance de quelques autres français. Autant je n’ai pas honte de parler anglais avec les gens dans la rue, autant je suis très timide et un peu honteux de mon accent avec les académiques. On verra bien demain soir au diner de gala si le vin aide.


La journée s’est bien passée. J’ai quand même encore quelques réticences à manger salé au petit déjeuner et à la pause de 10h! Je suis rentré en bus public puis en métro avec deux français dont un qui travaille chez Intel aux Etats-Unis. J’ai déposé mes affaires à l’hôtel et suis allé faire un tour du coté de Little India – il me suffisait de traverser la rue. J’ai tourné un peu dans des espèces de marchés qui ressemblent à des souks – n’ayons pas peur des comparaisons ! C’est très agréable, on n’a pas l’impression d’être un touriste. Personne ne fait attention à nous, personne n’essaie de nous vendre quoique ce soit. Quand la faim est arrivée, j’ai tourné un peu puis ai jeté mon dévolu sur un restaurant indien assez cher – 20$ alors que le repas moyen dans un restaurant est de l’ordre des 4$. Quand je devrai payer de ma poche, j’irai dans les restaurants normaux. En attendant…

A part ça j’ai appris qu’hier j’étais allé dans un des deux temples singapourien de l’électronique, Sim Lim Square. Il ne faut pas y voir un quelconque lieu sacré d’une secte naissante –quoique… - mais simplement une sorte de galerie sur cinq ou six niveaux où il n’y a que des vendeurs de caméras, d’appareils photo, de télévisions, de téléphones etc. Je me suis creusé la tête pour savoir si j’avais quelque chose à acheter mais ayant fait le plein aux Etats-Unis, je suis ressorti le portefeuille encore intègre.


Demain je présente mon article. C’est bizarre mais je ne suis quasiment pas stressé. Peut-être que ça viendra juste avant le moment fatidique. En attendant les boutons sur mes mains sont réapparus. J’espère que le phénomène va vite s’arrêter car ça ne serait pas facile à gérer à plusieurs milliers de kilomètres de Paris.

Mercredi 7 mai :

What a fucking day, man!

Je rentre d’une boite, le Double o, où Aurel m’a emmené avec quelques uns de ses potes. C’était vraiment tripant. Cadre super sympa, boissons pas chères, bonne musique et surtout que des jolies filles – le qualificatif est très faible. Aux Etats-Unis les belles femmes tendaient un peu vers le vulgaire, à Singapour elles sont tout simplement exquises. J’ai discuté avec un bulgare très sympa, Martin, et deux Singapouriens tout aussi sympas.  Finalement le niveau de mon anglais suit la même progression que mon alcoolémie. Après deux ou trois « whisky coke » j’étais finger in the nose. 

Plus tôt dans l’après-midi j’ai fait ma présentation. Finalement dix minutes avant l’heure fatidique j’ai stressé. Du coup j’ai sorti une espèce de franglais qui m’a paru assez pitoyable. Mais apparemment tout le monde a compris car j’ai eu quatre questions à la fin, ce qui est très rare. Ensuite nous sommes allés au diner de gala à l’autre bout de l’ile dans un restaurant qui s’appelait « Jumbo, Sea food ». Il y avait sept francophones sur dix à la table. On a eu droit à quelques menues portions de crabe mais surtout à des espèces d’indiens qui improvisaient une sorte de gymnastique se voulant danse sur une techno à vague consonances indiennes.


Vendredi 9 mai :

Hier c’était le dernier jour de conférence. Je l’ai allègrement  séché. Après un bon petit déjeuner, j’ai pris le Lonely Planet en main et je suis parti vers Little India. Je dois préciser que chaque matin je suis à deux doigts de la crise cardiaque devant le buffet du petit-déjeuner. La première fois, je me suis avancé et j’ai soulevé le premier couvercle à portée de main. C’était des espèces de saucisses de strasbourg. Croyez-moi, mon instinct de survie m’a poussé à refermer prestement tout ça. Cependant, un brin candide j’ai tenté les couvercles suivants. Entre les omelettes et les potatoes, je suis finalement parvenu à mettre la main sur un semblant de cake et quelque chose vraisemblablement apparentée à de la baguette de pain. Avec une tasse de café, une tasse de lait et une demi-douzaine de verres de jus d’orange, ça passe très bien. Chaque soir je me dis que le lendemain matin je tenterai le petit-déjeuner salé mais pour l’instant j’ai toujours fait volte-face en arrivant au pied du buffet. Hier matin j’ai donc pris un petit-déjeuner sucré puis j’ai traversé la rue pour me retrouver dans Little India. L’animation dans les petites rues était bien moins importante que la veille au soir quand j’y étais allé pour la première fois. Cependant, à nouveau j’avais l’impression d’évoluer sur le sous-continent. Des petites boutiques partout, des personnes qui marchent sur les trottoirs mais surtout sur la route, des personnes qui s’accumulent aux arrêts de bus et puis toutes les couleurs, les odeurs et les sons que l’on s’imagine quand on pense à l’Inde. Je me suis donc baladé dans les petites rues multicolores du quartier puis je me suis excentré pour aller admirer la façade d’un temple hindou sur Serangoon Road avant d’aller à quelques pas de là dans un temple bouddhiste surnommé « Temple des 1000 Lumières » à cause de la grosse statue de Bouddha qu’il renferme. Cet édifice avait beaucoup de charme et m’a énormément plu.


L’après-midi je me suis aventuré du coté du Quartier Arabe. J’ai été relativement déçu même si en cherchant un peu on trouve des petites rues magnifiques par leurs couleurs et leur quiétude du coté de la mosquée Sultan. Je mentionnerai également la mosquée Malabar qui, comme son nom ne l’indique pas, est entièrement bleue et le cimetière abandonné juste à coté. Il s’agit des sépultures des anciens rois malais de l’ile. Finalement, c’est sur ce lieu que j’ai commencé à me rendre compte que toutes les traces du passé ont quasiment disparu à Singapour.


Après une petite pause à l’hôtel, j’ai de nouveau pris mon sac à dos pour visiter les alentours. Au détour d’une rue, je suis tombé sur une animation débordante. Il y avait un temple bouddhiste en pleine effervescence et quasiment à coté un temple hindou où une cérémonie était en cour. Je m’y suis longuement arrêté pour respirer l’atmosphère. Si je trouve des personnes pour m’accompagner, je partirai volontiers en Inde l’année prochaine. J’ai ensuite déambulé jusqu’au parc Fort Canning où malgré son aseptisation j’y ai trouvé un peu de calme.


Le soir j’ai retrouvé Heïdi, Sébastien et Aurélien pour aller boire un verre dans un magnifique bar, Indochine, au bord du quai avec du jazz en live.

Ce matin le réveil a été un peu difficile mais il le fallait bien car j’avais prévu  de passer la journée dans Chinatown. Mon programme commençait par la visite d’un temple bouddhiste, Buddha Tooth Relic Temple, qui, vous l’aurez deviné, renferme une dent de Bouddha ou tout du moins une relique considérée comme telle. Le bâtiment était absolument somptueux, tout en rouge, et d’architecture chinoise. Quand je suis arrivé, une cérémonie était en cour au rez-de-chaussée. Je suis donc monté aux étages supérieurs visité le musée et sur le toit admiré leur charmant jardin. Je n’ai cependant pas pu voir la fameuse dent car, malgré mes efforts surhumains pour sortir du lit, je suis arrivé après la fermeture du rideau qui la protège. Quand je suis redescendu, l’office était encore en cour. Je me suis avancé dans la salle pour admirer l’éblouissant décor et regarder d’un œil très intéressé les lamas qui lisaient à voix haute un livre pendant que tous les fidèles, assis de part et d’autre, murmuraient la même chose dans une odeur d’encens.


Une fois la visite du temple terminée, je me suis baladé dans Chinatown et je dois l’avouer j’ai été très déçu. Tout était horriblement aseptisé. Comble de la déception, les vendeurs m’interpelaient dans le petit marché qu’il y avait autour du temple. Autant dans les autres quartiers que j’avais visités les marchands étaient très discrets et très gentils, autant là ils t’interpelaient et essayer de te refourguer des cravates et tout un tas d’objets qui n’avaient rien de chinois si ce n’est peut être le pays de fabrication. Après une ballade d’une heure dans le coin je suis rentré à l’hôtel.


Etant un peu fatigué, l’après-midi j’ai fait une dérive situationniste teinté d’un poil de déterminisme car j’avais pour objectif de trouver des cartes postales et des timbres. C’est comme ça que je me suis retrouvé dans le quartier colonial où j’ai déambulé dans un immense mall, Raffles City Shopping Center, puis dans un autre, Suntec City, qui s’est révélé être encore plus grand que le premier. Une fois les cartes postales acquises j’ai poussé un peu plus loin jusqu’à  ce que les Singapouriens appellent vraisemblablement «  Marinade Ballade » mais qui n’est en fait qu’une promenade bétonnée de laquelle on peut admirer les immenses buildings du quartier des affaires, une petite étendue d’eau et surtout un nombre incalculable de grues sur tous les bords de la marina.


Mardi 13 mai :

Je n’ai pas arrêté de bouger jusqu’à aujourd’hui. Je n’ai trouvé ni le temps de finir le récit entamé vendredi ni le temps de le poursuivre les jours suivants.

Vendredi soir je rejoins Heïdi, Sébastien et Aurélien à Sommerset station. Nous allons dans une ruelle très animée et au charme ancien remplie de bars que l’on pourrait qualifiés de branchés. Nous nous installons dans un des bars et nous sommes rapidement rejoints par Philipo, un pote italien d’Aurélien, et par Julie, une de ses amies françaises et ancienne collègue à l’ambassade, très sympa.


Le lendemain, samedi donc, Heïdi, Sébastien et moi-même nous réveillons tôt pour aller chez Aurélien. Après quelques brasses dans sa piscine, nous partons retrouver Julie dans une baraque indienne où nous dévorons de succulents « prata ». Une fois nos estomacs bien calés, nous effectuons une petite randonnée dans le parc naturel avoisinant. Ca sera pour moi la seule escapade dans la nature locale. En arrivant nous tombons sur une bande de singes – de la même lignée que Legzo et Ramm - que nous nous empressons de photographier en bons touristes que nous sommes. La moiteur et la chaleur des lieux sont accentuées par le manque d’air dans les chemins  que nous empruntons dans la forêt et ont tôt fait de nous épuiser. La balade finie, nous prenons le bus pour le jardin botanique de Singapour. Nous y choisissons un coin paisible au bord du lac et nous nous effondrons de fatigue. Je m’endors quasiment aussitôt suivi un peu plus tard par mes trois camarades. Ensuite nous rejoignons de nouveau Julie dans une sorte de marché couvert sauf qu’à la place des traditionnelles étales ce ne sont que restaurants asiatiques. Là, nous nous régalons avec des Carrot Cakes, sortes de tortillas de carottes blanches. Il est alors temps de dire au revoir à Aurélien, Sébastien et Heïdi qui vont prendre le bus le soir même pour la Malaisie. Je réussis à prendre le bus grâce aux conseils de Julie et arrive à mon nouvel hôtel, le Royal Plaza on Scotts qui comme son nom l’indique à ceux qui connaissent Singapour est à deux pas de Orchard Road. Ma chambre est tout bonnement admirable : lit king size, douche immense, WiFi et minibar gratuits. Complètement épuisé par le peu de sommeil des nuits précédentes et par cette journée, je décide d’aller faire un petit tour sur Orchard Road. C’est un samedi soir, tous les jeunes sont dans la rue, c’est un véritable feu d’artifice. Du monde partout, de superbes voitures garées devant les grands hôtels, les boutiques de luxe encore ouvertes dans les immenses malls, des mini-jupes plein les trottoirs.  J’en prends plein la vue !


Dimanche la sonnerie du réveil m’arrache tant bien que mal du sommeil à 10h. Je prends un bon petit-déjeuner et pars en vadrouille. Je descends Orchard Road, puis décide de tourner à droite pour prendre Clemenceau Avenue afin de traverser de nouveau le parc Fort Canning. Ensuite je longe les quais de « Clark Quay » à ma gauche je peux admirer les buildings du Colonial District et à ma droite je suis écrasé par les gigantesques tours du quartier des affaires. A force de déambuler sur les quais, je finis par arriver à la Marina où se trouve le Merlion, statue emblème de Singapour. Je demeure sceptique devant ce monument. Sur les photos des touristes on le verra se détacher sur un fond de tours colossales, sur la vue opposée on verra en arrière plan un champ de grues s’affairant tout le long de la marina. Mais finalement ce sont tous les deux le même visage de Singapour à deux stades différents. Je ne m’arrête que quelques instants puis poursuis mon chemin vers la Raffles Place, sorte de mini bande verte écrasée entre tous les plus hauts buildings du quartier des affaires. Je repique alors vers le Fullerton et traverse la rivière afin de passer dans le Colonial District, objectif : Suntec City. J’atteins le mall que j’avais déjà exploré il y a quelques jours. Décidément il a une taille absolument énorme. Il ne me faudra pas moins de quatre allers-retours sur à peu prés deux des trois étages pour commencer à comprendre comment s’organisent les galeries et surtout comprendre qu’il y a également des sous-sols et que c’est là que se situent les fast-foods. Entre temps, je suis allé faire un tour au Carrefour du coin où j’ai pu apprendre à dire « Merci et à bientôt » en franco-singapourien : « mersi e a bient ». Après une étape au Burger King, je reprends mon bâton de pèlerin et pars en direction de mon hôtel. En remontant Orchard Road je crois devenir fou. Déjà bien énervé à Suntec City par tous les Singapouriens qui me coupent allégrement la route, me foncent dedans ou alors changent brusquement de direction au dernier moment comme si je venais d’apparaitre sur leur route, je me retrouve dans une foule compacte. Ils marchent absolument n’importe comment et se foutent éperdument du fait qu’ils puissent me gêner et qu’un décalage de quelques centimètres sur leurs chemins pourrait faciliter nos progressions respectives. Je ne sais pas comment j’atteins l’hôtel sans avoir percuté personne et encore moins comment j’ai pu réussir à ne pas en égorger un sur le trottoir pour intimider tous ses congénères et leur apprendre à marcher.  Je suis crevé, j’ai du marché quelque chose comme 10 kilomètres par plus de 30 degrés. Si on voudrait calquer parcours sur les bâtiments parisiens, on pourrait dire que j’ai vu : les Champs Elysées, le Parc Monceau, les quais de Seine, la Tour Eiffel, la Défense, les Halles et de nouveau les Champs Elysées.


Lundi je quitte mon luxueux hôtel pour aller en taxi au terminal des ferrys. Le temps est mauvais et la mer déchainée. A voir le bateau tapé ainsi contre le quai à cause de la houle, j’angoisse d’avoir le mal de mer. Mais finalement la traversée se passe bien et je débarque tout frais sur Bintan, île indonésienne paradisiaque à trois quarts d’heure de ferry de Singapour. L’agent du resort où j’ai réservé mes nuits m’attend à l’arriver et me transporte en minibus jusqu’à la destination finale. Le spectacle est somptueux. C’est la première fois que je vois un hôtel encore mieux en vrai que sur les photos – et pourtant les photos étaient remarquables. Une piscine magnifique, une plage paradisiaque et une chambre immense. J’enfile mon maillot et vais me baigner jusqu'au soir.


Aujourd’hui le début du programme est identique. Je m’étends sur une serviette au bord de la piscine et, entre deux baignades, dévore Tristes Tropiques de Lévi-Strauss. Je reste à l’ombre pendant tout ce temps mais me retrouve quand même couvert de coups de soleils sur les épaules et les bras. Demain je resterai à l’ombre et en plus je mettrai de la crème solaire ! A 15h30 je vais au Spa de l’hôtel où j’avais depuis longtemps une réservation pour un massage. J’avais choisi le massage spécial de cette chaine de grands resorts : Angsana massage. 90 minutes de massage avec l’huile spécialement conçue puis 30 minutes de repos. C’est la première fois que je me fais masser et c’est un pur plaisir. Le travail des mains de la charmante masseuse indonésienne est tellement agréable et efficace que peu à peu je perds conscience de tout sauf de ces pressions un peu partout sur mon corps. Et c’est d’une voix tellement relaxée qu’elle semble assoupie que je lui réponds quand elle me demande de me mettre sur le dos. Comme je l’ai écrit : un pur plaisir. Encore une fois je regrette de n’avoir personne avec qui partager toutes ces aventures mais je mesure quand même ma chance de vivre tout ça.


L’hôtel n’est rempli que de couples à dominantes japonaises, plutôt jeune, et allemandes, quadragénaires ou quinquagénaires. Ce matin une petite anecdote m’a fait marrer et m’a un peu réconforté. Après le petit-déjeuner, j’avais prévu de faire quelques photos des lieux dans le soleil matinal.  Deux japonaises avaient vraisemblablement eu la même idée. Lorsque je m’approche d’elles afin d’avoir une belle vue sur la plage, l’une des deux me demande si je peux faire une photo d’elles.  J’accepte volontiers et lui demande de faire à son tour une photo de moi avec mon appareil. Puis je ne sais pas ce qu’il lui prend mais elle veut une photo de moi et tend son appareil photo à son amie. Je pose à ses cotés, tel un top model. Puis son amie veut à son tour une photo avec moi. Elles inversent les rôles et ma nouvelle partenaire pose sa main sur mon épaule comme si j’étais une star. Troublé par tant de soudaines délicates attentions et très timide avec mon anglais, je n’ose pas trop engager la conversation. De toute façon il semblerait que c’était leur jour de départ. Je retiens finalement que mon polo rose n’a peut être pas de succès auprès des françaises mais qu’il est très prisé des japonaises.


Vendredi 16 mai :

SU-PER… Partout dans l’aéroport on voit des affiches « Free wireless surfing » mais quand on crée un compte (ils demandent le numéro de passeport ces paranos) on nous avertit que notre mot de passe nous sera envoyé par SMS. Sachant que je n’ai pas d’accès au réseau cellulaire ici comment je fais…? Sinon ils ont trois prises pour laptop qui se battent en duel pour tout le terminal 2. C’est assez agréable… J’ai passé une demi-heure à arpenter le bâtiment de long en large demandant à pas moins de quatre bureaux de renseignement où je pouvais brancher mon ordinateur. J’ai fini par mettre la main sur ce coin reculé !

Mercredi il s’est mis à pleuvoir sur Bintan à partir de 10h du matin. Heureusement, aidé par le décalage horaire par rapport à Singapour, j’étais matinal et j’ai pu faire quelques longueurs dans la piscine avant que les éclairs fassent leur apparition. Comme il n’y avait absolument rien à faire, j’ai cherché et trouvé une connexion à Internet. J’ai ainsi pu apprendre qu’un de mes articles avait été accepté dans une grosse conférence à Cannes en septembre. Comme ça j’aurais de quoi répliquer à Julien, Sarah et à Ramm quand ils me sortiront « tiens dans x jours je serai à Singapour ». « Hé ben moi je serai au Palais des Festivals à Cannes ! ». A part cela, entre deux éclaircies sur le coup de midi, j’ai tenté une sortie en direction de la piscine. Je suis tombé nez-à-nez avec un varan d’un bon mètre de long. Etant bien placé pour mesurer la très modeste inclinaison que j’ai envers le genre, je peux aisément imaginer que je ne devais pas afficher le visage le plus composé qu’il m’est permis de faire. Après une espèce de râle dans ma direction, le monstre a couru dans les jardins du rez-de-chaussée. J’ai alors imaginé la nuit blanche que j’aurais passée à la suite de ça si ma chambre avait été à ce niveau-ci.


Jeudi j’ai pris le ferry dans le sens inverse pour débarquer à Singapour à 19h. Je me faisais une joie de changer à nouveau d’hôtel. Ma dernière nuit en Asie devait se dérouler dans un charmant petit « boutique hotel » de Chinatown décrit dans les guides comme le plus design de Singapour. J’ai posé mes valises dans une micro chambre absolument dégueulasse et très bruyante. Heureusement je n’ai pas payé très cher mais suffisamment quand même pour m’attendre à mieux. Le petit-déjeuner le lendemain était à l’image de l’impression de la veille. Je vous déconseille donc l’Hotel 1929. Cependant, je tournais un peu en rond dans ma prison dorée à Bintan et c’est avec presque la même excitation de ma première arriver à Singapour que j’ai lancé mes tongs par-dessus l’épaule, sauté dans mes baskets, et pris mon bâton de pèlerin pour aller sillonner le pays. A 20h donc je me retrouvais en plein milieu de Chinatown, heureux de pouvoir à nouveau marcher dans un air suffocant. Je suis allé faire un tour du coté de Clark Quay, puis dans le quartier Colonial et de là – dans un élan de masochisme qui tenait soit de l’envie d’être chahuté par une foule dense et imprévisible soit de l’envie de résister aux très nombreuses sirènes -  je suis allé vers Orchard Road que j’ai remontée puis descendue pour faire tout le parcours en sens inverse. Je ne sais pas si le thème de la soirée à Singapour était « les putes allument les touristes » ou si mon œil commençait à s’aiguiser mais  j’ai eu droit à de nombreuses propositions !


Ce matin, dernier jour ici, j’ai fait quasiment la même chose. J’ai cependant commencé par une petite ballade voire même une randonnée vers et sur le Mont Faber, soit disant point culminant du pays. Très décevant. En plus j’étais épuisé et la montée des marches dans un air qui ne portait pas son nom m’a scié les jambes. Du coup j’ai pris le MRT jusqu’à Dobby Gaut et j’ai fait la même promenade que la veille au soir en trainant un peu partout pour gagner du temps car mon avion ne décollait pas avant 23h15. Après une bonne dizaine de kilomètres, dix malls visités, et trois ou quatre litres de liquides désaltérants ingurgités, j’ai jeté l’éponge. Je suis retourné à l’hôtel prendre ma valise pour aller faire le geek dans l’air conditionné de l’aéroport.