Le DVD traînait chez moi depuis un petit moment et je le laissais moisir dans son coin en attendant un soir où je voudrais quelque chose de sérieux. Parce que la réputation du film n'est plus à faire; il suffit de voir l'affiche pour s'en convaincre.

Ce qu'Hubert Sauper cherche à démonter, c'est tout l'écosystème qui entoure le Lac Victoria en Tanzanie. Ecosystème au sens large: la faune, la flore, les poissons, la Perche du Nil (le Nil Blanc prend sa source dans ce lac), les pêcheurs, les usines de poissons panés, l'aéroport de Mwanza, les avions-poubelles russes, les pilotes saouls, les prostituées, les discrètes escales des cargos dans les pays en guerre à l'aller et vides à leur arrivée en Tanzanie, la misère et la famine d'une population sur un territoire pourtant si riche en nourriture, les européens qui donnent des aides pour financer la qualité sanitaire des entrepôts mais l'aide humanitaire qui n'arrive que trop péniblement, les enfants des rues qui se shootent avec le plastique des emballages, le sida partout, la guerre partout, la mort partout. Joyeux, hein?

La Perche du Nil c'est le gros à gauche, là... (voir figure 1)

En gros les problèmes ont commencé avec l'introduction il y a 50 ans d'une espèce dans un environnement alors extrêmement riche et diversifié. Le dit poisson s'est tellement bien adapté qu'il s'est multiplié et multiplié et a mangé tous ce qui était plus petit que lui. Quand on voit le bestiau qui atteint parfois les deux mètres (!), vous imaginez bien que la diversité a pris un coup dans l'aile. Enfin les pêcheurs n'en ont pas eu grand chose à secouer de la biodiversité puisque le conditionnement et l'exportation en Europe rapporte une quantité d'argent faramineuse. Là où ça se complique c'est quand ces poissons achetés à prix d'or par nos pays part dans des quantités telles que la population n'a même plus de quoi se nourrir...

Le film a été largement critiqué pour supposer l'importation parallèle d'armes. En gros les avions-cargos apporteraient des armes à l'aller et du poisson au retour. Trafic visiblement jamais avéré ou enterré vite fait, bien fait. Je crois quand même à cette thèse pour plusieurs raisons: d'abord pour le comportement gêné des pilotes quand on leur demande ce qu'ils transportaient à l'aller ("Rien" devient vite "Je ne veux pas parler de politique, on s'arrête là" ou un silence hostile dès qu'on gratte un peu), ensuite parce qu'au-delà du problème particulier de la Tanzanie, l'Europe (et les USA, je ne les oublie pas hein) fournit quantité d'armes à l'Afrique. Enfin parce qu'on détourne les yeux en disant "n'importe quoi c'est du militantisme et pas du journalisme tout ça" sans chercher plus. Le problème n'est pas tellement qu'on enverrait des armes en Tanzanie, le problème est plutôt qu'on envoie des armes tout court. Mais bon, je vous raconte pas les licenciements en France si on décide de se calmer là-dessus. En plus les syndicats vont dire que c'est honteux de virer les gens comme ça, que fait l'état, on veut un fond de soutien exceptionnel parce que merde, notre situation est grave, hop tous en grèves et ça va faire chier les parisiens qui seront encore de mauvais poil. Enfin si on voulait bien écouter cet africain qui déclare: "Les gens espèrent la guerre parce que c'est leur meilleure chance de survie" et on pourrait peut-être se demander s'il n'y a pas un problème quelque part.

Moi samedi soir, j'ai pas super bien dormi. Le cauchemar de Darwin a été le mien avec pour question récurrente "L'Homme est-il assez con pour se détruire tout seul?" En tout cas, des fois c'est à se demander s'il ne fait pas tout ce qu'il faut pour. Voilà un post "un peu" acide, pessimiste, ironique et pas forcément toujours pondéré mais le documentaire atteint son but: faire réfléchir. De la bonne came mais attention au bad trip!

Le prochain post de cette rubrique sera pas forcément beaucoup plus joyeux puisque dimanche j'étais au ciné pour No Country For Old Men. Pas le même genre mais la qualité Coen (et pas germaine) est là!