Je vous sens perplexe. "Que peuvent bien foutre Apple, géant (nain comparé à l'autre grand du secteur mais géant quand même) de l'informatique et Lacoste, fabricant de polos pour racailles d'Aubervilliers en mal de voiture à incendier (quoi, cliché?) dans le même post?" vous demandez-vous. Alors d'une "foutre" c'est très vulgaire, pas de ça sur mon blog, on est entre gens civilisés et vous allez me faire le plaisir de modérer vos propos si voulez pas que je le fasse à votre place bande de malappris ; et de deux ne soyez pas si impatient, j'ai encore tout un post à écrire, vous allez voir, c'est limpide (vache, hohoho le jeu de mots de fou).

Partie I: pièce en 3 actes pour crocodile

Acte 1 : le calme avant la tempête
Lacoste, en son temps, fut une marque des élites. Des polos, principalement, vendu la peau des fesses à des millionnaires pour que ces pauvres gens aient quelque chose à se mettre sur les épaules entre le parcours de golf et la séance de voile sur les bords du lac Léman pour dissimuler leurs abdos musclés par le water-polo et bronzés par les voyages dans les îles (c'est très surfait, je vous assure, non Heïdi, patapé). Bref un truc que le concessionnaire Ferrari vous offrait avec la Rolex en or à l'achat de votre cinquième véhicule dans l'année. Le truc luxueux, chic, pas intemporel mais visiblement fait pour rester dans le monde des élites quelques décennies encore.

Acte 2 : ascension financière, chute sociale
Bien sûr, comme ça avait la classe et que c'était moins cher qu'une montre ou qu'une voiture tout en restant un signe extérieur de richesse, les gens moins fortunés ont voulu donner l'impression qu'ils avaient plus de moyens qu'ils n'en avaient réellement. Et les commerciaux de Lacoste ont vu un miracle s'accomplir: sans toucher à leur prix, ils se sont mis à en vendre au grand public. Chiffre d'affaire qui explose, les vêtements puis les ceintures, les casquettes et les sacs-banane deviennent des accessoires de mode. Le bonheur, quoi. Les riches achètent, les moins riches suivent et les carrément pauvres se saignent pour avoir le polo vert-pastelle-éthéré qui fera fureur pendant un mois cet été.

Acte 3 : et là, c'est le drame
Sauf que nos millionnaires, qui en ont un peu marre de voir que le peuple peut porter des vêtements qu'ils croyaient n'identifier que leur caste, laissent en pâture à la plèbe cet attribut galvaudé. Et voilà nos commerciaux bien embêtés. L'obligation de marcher dans la mode et donc de renouveler ses gammes encore et encore en baissant ses prix pour rester une marque populaire. Le marché s'oriente vers nos amis "wesh-wesh ça va cousin" et le produit de luxe pour Tiger Woods s'est transformé en complément au survêtement remonté jusqu'au genou avec chaussette de foot par dessus. Un peu comme l'histoire du vilain petit canard mais à l'envers. A vouloir gagner en quelques années une notoriété généralisée et surtout plein de brouzoufs, notre crocodilidé est passé d'un marché peu porteur mais stable et prestigieux à celui irrégulier et capricieux de la mode qui aujourd'hui ne doit pas lui rapporter beaucoup plus comparé aux efforts faits.

Partie II: oui, mais les pommes dans tout ça?

Et bien non, elles ne sont pas que le seul argument de campagne d'un candidat de droite à l'élection présidentielle française. L'analogie ne vous semble pas grosse? Une marque qui se cantonnait à un public limité et exigeant, certes mais connaisseur, fidèle et en extension lente, des prix prohibitifs et des produits de qualité puis une ouverture à un marché bien plus grand, des prix qui descendent, des obligations financières et des actionnaires qui n'ont d'autre intérêt que le prix d'un titre en bourse, des délocalisations pour maintenir les coût et s'affirmer face à une concurrence qui se renforce? Les premiers mouvements d'utilisateurs pas satisfaits mais qu'on n'écoute que d'une oreille parce que l'écrasante majorité ne dit rien? Voilà, vous y êtes.

Moi je trouve la ressemblance frappante. Le changement de la cible marketing d'une marque qui visait auparavant le haut de gamme doit être un exercice difficile et bien périlleux. Forcément, on peut surfer quelques années sur l'image qu'on a acquise les 20 années précédentes mais on ne sait pas vraiment si on a retrouvé un public certain, un noyau fiables et solides. Quand j'ai acheté mon nouvel ordinateur, je me suis posé la question du macbook. J'en avais les moyens, c'est un beau produit, "sexy" comme dirait le premier geek venu, "ergonomique" dirait son pote fan de logiciels. Oui mais. Combien de gens parmi ces satisfaits ont plus acheté leur élégante boîte de plastique blanche ou noire avec une pomme rétroéclairée plus pour ce qu'elle représente que pour ce qu'elle est vraiment? Combien l'ont achetée parce qu'on voit la même dans 80% des séries télé du moment? Les produits Apple sont lentement en train de glisser de la marque de qualité à l'accessoire de mode (l'iPod plus que le reste). Pente qui pour l'instant doit leur rapporter beaucoup d'argent mais qui ne leur garantit pas un avenir des plus stables.

Je ne dis pas que c'est une mauvaise chose mais quand on fait évoluer ses gammes très vite, qu'on veut croître démesurément pour continuer à exister sur le marché et occuper le terrain médiatique, on risque de perdre sa raison industrielle d'exister au profit d'une entité financière et commerciale qui tourne à vide. L'iPhone est un succès commercial mais technologiquement parlant, les progrès par rapport à la concurrence ne sont pour moi pas probant. Bref, je suis dans l'expectative mais je m'inquiète des ressemblances dans le parcours de la marque à la pomme qui suit étrangement le même chemin que celle de Maria (attention cliquer sur ce lien pourrait raviver des souvenirs hilarants, voire vous donner envie de regarder un des pires navets de l'histoire du *hum* cinéma *hum*).

Et voilà! C'était sérieux comme post, hein? Alors voilà pour vous! Et en voilà un autre mais que j'aime vraiment et que je viens pas juste de trouvé en tapant skyblog dans google...

edit: ha béh voilà un des trucs qui ne me donne vraiment pas envie de manger des pommes... Acheter une marque pour avoir la cool-attitude, c'est niet.