Le titre vous aura peut-être (peut-être, hein c'est assez subtil...) mis sur la voie, l'histoire se passe en Malaisie. Elle raconte sous forme d'autobiographie romancée la vie de Fauconnier qui, sortant de la première Guerre Mondiale, est venu prendre les rênes d'une plantation de caoutchouc à Bukit Sampah. On y découvre pêle-mêle les paysages de jungle, les tigres qui rôdent la nuit ou les coolies malais. C'est très beau et très bien raconté; je peux vous dire (et rolyat confirmera si il l'a lu) que, pour en avoir vu une partie depuis mon arrivée dans la région, c'est d'une fidélité assez... fidèle, ouais. La Maison des Palmes (abri du planteur dans le livre comme dans la réalité) est d'ailleurs visitable, quelque part dans le nord du pays; j'irai peut-être y faire un tour un jour de frénésie culturelle.

Mais au-delà de cette trame narrative et descriptive (qui a un peu vieillit), ce sont l'âme des personnages qui changent tout et font de ce livre un chef-d'oeuvre. Toute cette histoire n'est finalement qu'un prétexte pour nous faire passer quelques pages de poésie, de rêveries et de pensées philosophiques et métaphysiques. Plutôt que de chercher des mots pour vous dire à quel point c'est formidable, je vous recopie un passage (à lire en écoutant Neverend de Joshua Redman):

- [...] Les beaux voyages sont les longs voyages, et surtout ceux dont on ignore le but. La vie est belle parce qu'elle est sans queue ni tête. Nous ne savons pas si nous avons commencé d'être ni si nous finirons jamais, cela nous incite à mourir allègrement.
- Rolain, je voudrais croire que cette vie n'est qu'une étape et qu'elle rapproche d'un but. Si on voyait les forces et les facultés de l'homme se développer au cours de toute sa vie, ce serait évident. Mais la vieillesse est un phénomène inquiétant. Cette décrépitude...
- Elle n'est peut-être qu'une fatigue à la fin de l'étape.
- Alors, n'est-elle pas inutile et même dangereuse? Notre obstination à vivre semble impliquer que nous n'avons qu'une vie à notre disposition. Ceux qui croient renaître devraient se suicider à l'apogée de leur existence.
- On ignore, dit Rolain, quand on l'a atteinte. On se voit toujours plus sage qu'hier, et les vieillards gâteux font des remontrances aux adolescents. Ca ne prouve rien. La fatigue est une condition de l'entraînement. L'individu ne vaut pas même la peine de se tuer. Il n'est qu'une fermentation qui gonfle et retombe. Cette bataille d'infusoires est par elle-même sans intérêt. Espérons seulement que le vin sera bon.

Voilà, c'était le dernier livre que j'avais ramené de France! On m'a prêté Plateforme de Michel Houellebecq et je compte profiter de mon passage en terre anglophone pour lire un peu en anglais. Peter Pan m'attend d'ailleurs déjà bien sagement sur un coin de mon bureau...