Malaisie
Par tOpaZ le 23 août 2007, 14:41 - Lu, vu, entendu - Lien permanent
Et bien non, je ne vais pas vous parler d'une nouvelle escapade au nord de Singapour, mais d'un bouquin. Malaisie d'Henri Fauconnier a été un immense succès de l'année 1930, notamment couronné par un Prix Goncourt, excusez du peu. Malgré ça, le livre n'est pas vraiment passé à la postérité. Et c'est bien dommage parce qu'il est excellent!

Le titre vous aura peut-être (peut-être, hein c'est assez subtil...) mis sur la voie, l'histoire se passe en Malaisie. Elle raconte sous forme d'autobiographie romancée la vie de Fauconnier qui, sortant de la première Guerre Mondiale, est venu prendre les rênes d'une plantation de caoutchouc à Bukit Sampah. On y découvre pêle-mêle les paysages de jungle, les tigres qui rôdent la nuit ou les coolies malais. C'est très beau et très bien raconté; je peux vous dire (et rolyat confirmera si il l'a lu) que, pour en avoir vu une partie depuis mon arrivée dans la région, c'est d'une fidélité assez... fidèle, ouais. La Maison des Palmes (abri du planteur dans le livre comme dans la réalité) est d'ailleurs visitable, quelque part dans le nord du pays; j'irai peut-être y faire un tour un jour de frénésie culturelle.
Mais au-delà de cette trame narrative et descriptive (qui a un peu vieillit), ce sont l'âme des personnages qui changent tout et font de ce livre un chef-d'oeuvre. Toute cette histoire n'est finalement qu'un prétexte pour nous faire passer quelques pages de poésie, de rêveries et de pensées philosophiques et métaphysiques. Plutôt que de chercher des mots pour vous dire à quel point c'est formidable, je vous recopie un passage (à lire en écoutant Neverend de Joshua Redman):
- [...] Les beaux voyages sont les longs voyages, et surtout ceux dont on ignore le but. La vie est belle parce qu'elle est sans queue ni tête. Nous ne savons pas si nous avons commencé d'être ni si nous finirons jamais, cela nous incite à mourir allègrement.
- Rolain, je voudrais croire que cette vie n'est qu'une étape et qu'elle rapproche d'un but. Si on voyait les forces et les facultés de l'homme se développer au cours de toute sa vie, ce serait évident. Mais la vieillesse est un phénomène inquiétant. Cette décrépitude...
- Elle n'est peut-être qu'une fatigue à la fin de l'étape.
- Alors, n'est-elle pas inutile et même dangereuse? Notre obstination à vivre semble impliquer que nous n'avons qu'une vie à notre disposition. Ceux qui croient renaître devraient se suicider à l'apogée de leur existence.
- On ignore, dit Rolain, quand on l'a atteinte. On se voit toujours plus sage qu'hier, et les vieillards gâteux font des remontrances aux adolescents. Ca ne prouve rien. La fatigue est une condition de l'entraînement. L'individu ne vaut pas même la peine de se tuer. Il n'est qu'une fermentation qui gonfle et retombe. Cette bataille d'infusoires est par elle-même sans intérêt. Espérons seulement que le vin sera bon.
Voilà, c'était le dernier livre que j'avais ramené de France! On m'a prêté Plateforme de Michel Houellebecq et je compte profiter de mon passage en terre anglophone pour lire un peu en anglais. Peter Pan m'attend d'ailleurs déjà bien sagement sur un coin de mon bureau...
Commentaires
Je suis ravie que ce livre t'ait plu. Je l'avais aussi beaucoup aimé. Une précision: H. Fauconnier était un charentais originaire de Barbezieux. Sa famille faisait du cognac . Des déboires économiques l'avaient conduit à vendre les alambics pour aller tenter sa chance dans le caoutchouc en Malaisie au tout début du 20ème siècle. C'est là qu'il a commencé à écrire son roman qu'il n'a pu terminer qu'après la 1ère guerre.
Le sujet me rebute mais l'extrait m'a conquis. Résultat: je le note sur ma liste longue de deux kilomètres de livres à lire. :)
Au passage, j'ai commandé un livre en anglais (ça fait une semaine que je l'attends...), peut être qu'il t'intéressera : A Heartbreaking Work of Staggering Genius de Dave Eggers.
salut Aurelien ,sais tu que Fauconnier a de la famille a JONZAC...et que nous avons eu une expo sur sa vie ,son oeuvre montée par Mme Belot
nous avons regulierement une pensée pour Toi a bientôt
Michel
Je suis heureux de voir que mes mots atteignent Jonzac! J'avais oublié que cette dernière et Fauconnier étaient liés effectivement mais je crois me rappeler que ce détail n'avait pas échappé à Liliane lorsqu'elle avait glissé l'oeuvre dans mon paquetage à l'heure de quitter la France.
Allez, bien loin de la Malaise, je cède à la tentation de vous en dire un peu plus sur la sous-préfecture de la Charente-Maritime. Peuplée d'environ 4000 âmes, la bourgade est surtout connues pour ses thermes, son château et la douceur de sa vie saintongeaise (haha le site de l'office du tourisme, la bonne blague) ainsi que par les nombreux illustres personnages qui y sont nés (mon père et moi surtout).
J'y retourne régulièrement parce qu'une partie de ma famille y vit encore et je ne manque alors jamais en repartant l'occasion de m'y promener (au grand dam de mon frère qui a toujours trouvé ça barbant): "oh, quel beau parterre de fleurs sur la place devant le château", "Il était là ce banc, la dernière fois?", "Là! L'école de Papa quand il était petit!", "Quelles superbes illuminations pour Noël autour du marché et de l'église! Rien à voir avec celles de l'année dernière!", j'en passe et des meilleures...
Je trouve vraiment dommage que tu "en passes" surtout sur "les meilleures" ! Et je me demande si je ne vais être obligé de rédiger un très long (très très long) commentaire sur Jonzac... pour combler ce vide qui a laissé la plupart des lecteurs du blog sur leur faim.