Hahaha, non, je ne suis pas aussi vache. Au reste, pour vous parler du livre, encore faudrait-il que je l’ai lu, ainsi que les épisodes précédents, ce que mon esprit de contradiction et d’opposition aux courants majoritaires et au pourrissage médiatique m’interdit formellement.

Bon du coup, personne n’a du cliquer sur le lien et je peux raconter ce que je veux. Parlons d’opéra alors. Vendredi soir, je suis allé voir un concert du Symphonic Singapore Orchestra (SSO). C’est une des institutions mondiales de la musique classique. Les singapouriens ne sont pas de très bons musiciens en ce qui concerne les aspects création ou interprétation de la musique mais leur compétence technique est reconnue bien au-delà de leurs frontières. Dans ce contexte, la musique classique leur fournit un exercice musical de tout premier choix: on forme des musiciens un peu rigides mais avec un talent technique certain et un son impeccable; on fait venir un chef d’orchestre de l’étranger pour insuffler à cet ensemble de prodiges une vie propre; on se dote d’une salle de concert magnifique (l'Esplanade Concert Hall); on appelle les dons et les subventions à grand renfort de communication et le tour est joué. En un mot comme en cent, le SSO, ça cartonne.

Le concert de ce soir-là n’était pas composé d’un seul opéra mais de pièces célèbres tirées de divers chef-d’œuvres italiens. Grand mal singapourien, on va directement à l’essentiel sans s’encombrer de ce qu’il y a autour pour ne garder que le bagage de survie de tout un chacun s'il veut faire bien en société. Bon, c’était pas si grave en ce qui me concerne: puisque l’opéra italien n’est pas mon point fort, ça me faisait une agréable introduction à ce pan de ma culture classique jusque là assez indigente. 

Mais ce qui faisait aussi l’intérêt de la soirée c’est la fine équipe qui était réunie pour l’occasion.


8 personnes, 7 nationalités. C’est vraiment pour ça que j’aime Singapour: ce mélange qui nous fait découvrir des choses et des gens nouveaux en permanence. Par exemple, hier j’ai appris à dire "santé" en finnois: "kippis" (ouais bon après, on apprends les mots qu’on peut, hein). Mais c’est formidable de voir que je parle ici plus souvent allemand que quand j’étais en France, que je commence à connaître quelques mots d‘italiens et que j’étends lentement mes notions d’espagnol. En plus, les filles en tenues de soirées, moi je dis waouw.

Et le concert? Ah oui, donc j’ai pu vérifier que l’orchestre (sous la baguette d’Arthur Fagen) est excellent de précision, de son, de sensibilité, de finesse et de puissance. Gros point faible finalement, la soprano qui était invitée, Gao Manhua. Mais là aussi je pense que les asiatiques et les européens n’ont pas les mêmes perceptions de la voix. Pour les quatre personnes d’origine asiatique elle était irréprochable, pour mes coreligionnaires européens et moi-même elle ne cassait pas 3 pattes à un canard: elle manquait de coffre quand l’orchestre jouait plus fort que piano, elle n’avait pas la finesse ni la tessiture d’une vraie voie de cantatrice et de manière générale, elle était fade et un peu agaçante. Mais bon, il en aurait fallu bien plus pour me pourrir une si belle soirée.

Ah j’ai une dernière question pour nos experts en musique classique (papa? Louis? les autres?). Le programme nous offrait pêle-mêle du Rossini, du Mascagani (que je ne connaissait pas), du Puccini, du Verdi (que des inconnus... une programmation audacieuse, je vous avais dit), du Respighi (juste pour me faire mentir dans ma parenthèse précédente, une deuxième découverte de la soirée) et, et, et, eeet… du Bizet. Ca ne vous interpelle pas, vous, de retrouver du Carmen en plein milieu d’un concert consacré (concert consacré... jolie expression) à la musique italienne? Ou ai-je manqué quelque chose et Bizet a-t-il des liens particuliers avec l’Italie?