Lettres à un jeune poète
Par tOpaZ le 18 mai 2007, 04:14 - Lu, vu, entendu - Lien permanent
Allez, après les derniers posts, on peut bien élever le débat un brin. Voici donc pour ma dernière lecture. L’idée de lire ça n’est pas de moi, il s'agit d'un cadeau de départ de mon lecteur boulimique de père. J’y ai mis un peu de temps même si le bouquin est tout petit parce que j’avais l’édition bilingue et que je ne pouvais pas m’empêcher de lire chaque page en allemand puis en français. J’ai finalement du passer plus de temps à me demander comment je pourrais traduire ce qui était dit de manière plus élégante qu’à réfléchir au contenu.

En 1903, Franz Kappus est élève d’une académie militaire allemande. Il a 20 ans et ne sait pas trop ce qu’il fait là. Il suit un parcours qu’on lui a désigné mais préfèrerait se tourner vers une poésie pour laquelle il éprouve du goût sans savoir s’il possède un réel talent. Il cherche des réponses auprès de Rainer Maria Rilke, qui a quitté l’académie pour vivre de sa plume avec succès quelques années plus tôt. En réponse à ses courriers auxquels il a joint des essais de poèmes pour critique, son ainé (de peu puisque Rilke a alors 28 ans) lui fait un ensemble de lettres. Ce sont ces lettres, compilées après le décès du poète qui nous sont présentées ici.
Rilke laisse vite tomber la critique des poèmes pour aborder les sujets d’interrogation de Kappus et la discussion tourne rapidement sur l’affirmation de soi, la création artistique en général et littéraire en particulier, l’amour, la passion et l’accomplissement personnel. Ce n’est pas pour rien que cette correspondance est sous-titrée "Méditations sur la solitude, la création, l’accomplissement intérieur".
Rilke n’est pas vraiment réputé pour l’accessibilité de son écriture. Pourtant les lignes qu’il livre ici, si elles sont d’une qualité littéraire exceptionnelle, sont à la portée de presque tout le monde. De n’importe quel jeune homme de 20 ans disons, à condition de se donner les moyens de la réflexion.
Et le maître de délivrer sa vision de quelques éléments clés de la vie. Bien sûr la valeur de ces points de vue n’est réelle que si l'on s’accorde le temps de les mûrir et de les retourner sous toutes les coutures. C’est d’ailleurs un des messages essentiels du livre : ne laisser à personne d’autre qu’à soi-même le soin de se construire ; prendre dans le monde ce qu’on pense être pertinent puis le digérer, l’assimiler et l’intégrer à soi.
Pour ma part, je regrette de ne pas avoir eu accès à ce noeud de pistes de réflexion il y a quelques années. J’ai quand même eu plusieurs fois la petite fierté de me dire que j’étais arrivé aux mêmes conclusions qu’un des grand esprits du siècle précédent par moi-même. Des espèces de jalons qui m’indiquent que ce qui se passe dans les tréfonds de mon cerveau n’est pas si isolé.
Je conclurais en rejoignant mon père sur le fait que ce livre mériterait de tomber dans les mains de toute personne entre l’adolescence et l’âge adulte. Et je pense que je vais le ressortir plusieurs fois de la bibliothèque parce que je ne doute pas qu'à chaque lecture il puisse y avoir quelque chose de neuf à en tirer.
Commentaires
Eh beh c'est assez étrange de lire ça quand on connaît le vrai Aurélien.
On y croirait presque :P
Tu m'as donné envie de le relire: je m'y suis remise.
Depuis quand Aurélien est entre l'adolescence et l'âge adulte ?? :]
Suffit que je déménage pour qu'il se découvre de la maturité, le vil coquin. En plus, tu encourages les gens à lire des livres bilingues allemands qui, selon mon vieux souvenir du "projet de Paix perpétuelle" de Kant, sont plus à faire tomber dans l'oubli qu'autre chose.
Carton rouge donc !
(on peut le trouver où au fait ce bouquin ? ='])
A l'intention de John: dans le livre de poche pour la modique somme de 4 euros.
Première remarque : le nombre de commentaires pour Rilke est nettement moins important qu'à l'habitude. Je suppose que chacun a dü foncer à la librairie la plus proche pour se procurer l'ouvrage et le dévorer avec la même délection qu'un repas aux Agapes (ça c'est pour les Royannais) ou une bouteille de Château Yquem 1982 (ça c'est pour les autres, qui ne peuvent que rêver de ce magnifique vin). Cette lecture ne pouvant être que lente, je pense que les commentaires viendront plus tard.
Deuxième remarque : la joie , bien sûr de savoir que toI Aurélien, tu avais apprécié cette lecture; ton blogtexte l'atteste.
Ce livre est pour moi comme une quintessence (tiens, comme une Vendange tardive d'Alsace en grain noble...) de ce qu'il faut transmettre à quelqu'un qui a autour de la vingtaine (même largement franchie...). Pour ma part, je n'ai découvert ce livre que très vieux, il y a maintenant une dizaine d'années (j'avais donc un peu moins de quarante ans), et je pense que s'il me fût échu dans les mains quand j'avais l'âge de la plupart des lecteurs de ce blog, la face de mon petit monde en eut été éclairée autrement.
Toujours est-il que ce chef d'œuvre constitue pour moi un cadeau "incontournable" (pour reprendre une "forme lexicale" aussi moderne que barbare et donc plutôt détestable) que je ne me lasse pas d'offrir à tous ceux que j'estime. D'ailleurs, j'ai toujours en réserve à la maison un exemplaire du dit ouvrage que je peux ainsi donner à l'improviste de mes rencontres.
Et même, pour tous ceux qui lisent ce blog (et qui sont donc mes amis, puisque "les amis de mes amis sont mes amis"), je me propose de leur offrir ce recueil. Cela ressemble à de la philanhtropie, voire du prosélytisme. Peut-on me le reprocher ? J'ai simplement la conviction , intime et cependant parfaitement raisonnée, qu'il est de grands livres qui rendent meilleurs les hommes et qui nous sont une petite lumière pour nous faire progresser, avec le sourire, au milieu de notre labyrinthe quotidien.
J'ai bien promis d'offrir ce livre, alors soyons concret : vous m'envoyez à mon adresse mail (Go17go[chez]aol[point]com) vos nom et adresse, et je vous enverrai les "Lettres à un jeune poète". Je le rappelle, c'est un cadeau, et c'est bien mieux qu'une commande sur Priceminister ou la Fnac : il n'y a pas sortir sa carte bancaire.
En attendant que l'esprit et l'écriture de Rilke envahissent les âmes, je vous souhaite le bonsoir.
Euh mais c'est super gentil ça ! Je dois avouer qu'après les dithyrambiques propos de toute la famille GB on ne peut qu'avoir envie de lire ce livre...
Je vais peut être donc profiter de cette proposition plus que sympathique !
C'est étrange comme situation quand on y pense : envoyer un mail pour réclamer un cadeau...
En quoi est-ce étrange?
Eh bien d'ordinaire la demande du cadeau relève plutôt de l'implicite ou des coutumes (cadeaux d'anniversaire ou de nouel), des fois c'est spontané (ma chérie, je t'offre ce magnifique processeur, symbole de mon amour pour toi), mais rarement réclamé.
Enfin bref, peu importe, un cadeau culturel ça ne se refuse pas !
D'accord pour envoyer un exemplaire à Legzo. Mais je me vois mal écrire sur l'enveloppe
"Legzo
France"...
Le facteur va avoir des difficultés pour trouver malgré toute la débrouillardise et le sens du service public dont fait preuve un préposé de la poste.
Donc rendez-vous sur mon adresse mail (Go17go(at)aol(punkt)com) pour donner des coordonnées plus précises.
A bientôt dong, Legzo.
Message à caractère informatif: on ne laisse jamais traîner son adresse email sur le net! Il existe des programmes qui récupèrent ces adresses automatiquement et les inscrivent sur des mailing de spam.
La parade est simple. On remplace l'arobase et le point par du texte. Exemple: on n'écrit pas georges@truc.com mais georges_at_truc_dot_com ou georges(chez)truc(point)com ou ... bon vous avez compris.
Gogo, j'ai modifié tes précédents messages pour éviter ce genre de désagrément.
Ah ben c trop facile ca aurel.
Tu sauves ton pere des nefasticites de diaboliques spammeurs fous, et en echange tu leur jettes en pature le pauvre Georges qui a commis pour seule erreur d'avoir herite d'un nom desuet et d'avoir choisit une adresse mail qui semble inventee de toutes pieces.
Shame on you.
Cela etant je vais essaye de me procurer ce recueil de lettres (je ne vais pas profiter de l'offre fort genereuse de Gogo, la Poste considerant que la traversee de l'Atlantique justifie un surcout par rapport a celle du Rhone).
Cette ouvrage sera une pause bienvenue dans la tache a laquelle je me suis attable, a savoir la lecture de la merveilleuse geekerie qu'est The Wheel of Time (dixit le dos du bouquin : "...mastering the world that Tolkien started unveiling...")
Bon je passe rapidement par cet article pour vous faire part de mon acquisition dûdit bouquin. Ayant fait un détour par la Fnac de Cergy Préfecture, j'ai subitement repensé qu'une lecture saine et pleine de réflexion pourrait venir égayer mon ptit week end ciblé glandouille. C'est donc aux côtés de 2 autres bouquins que j'ai fait aujourd'hui acheté le fameux livre. Désolé à Gogo qui -dans sa bienveillance connue de tous maintenant- n'aura pas à m'envoyer le bouquin dans sa "poche cadeau". Je me contenterai d'un ptit week end à Royan en compensation ... :'] . Si ma vie peut retrouver un sens pour la modique somme de 4€, autant que l'acquisition vienne de ma propre initiative.
Pour la petite histoire, les 2 "20th Century boys" que je me suis offert en même temps valaient bien plus de 4 fois le prix de l'autre. Alors qu'ils relatent de l'aventure d'hommes du 20ème siècle, celui là devrait me montrer la voie de l'homme du 21ème siècle que je serai. Funny :) (c'était soit ça soit le dernier album des stroumpfs qui je suis sûr reflète une bonne partie de mon existence miniature)
A suivre donc en ce qui concerne la lecture culturelle ...
Dernière piste de reflexion : l'éducation nationale a t'elle ouvert un service apres vente ou alors Gogo fait partie de ces enseignants évangélistes bénévoles ?
Eh bin moi je voulais juste dire que j'ai reçu aujourd'hui le livre-cadeau ! Me reste plus qu'à le lire. Et à le comprendre.
Par contre pour la version allemande je repasserai :)
Réponse à John
Pour ce qui concerne l'Education nationale, il faut savoir qu'il y a bien longtemps qu'elle a renoncé à un quelconque service après-vente culturel. Elle ne l'apporte déjà plus aux élèves des collèges et lycées pendant les heures de cours ordinaires (par exemple en essayant vainement de tout montrer par la typologie des textes au lieu de faire goûter les saveurs d'un texte de Montaigne, Pascal, Diderot, Proust ou...Rilke). C'est donc une volonté d'évangélisation culturelle (un brin désespérée certains soirs) qui me pousse à de tels actes : offrir des livres !
Pour ce qui est du week end à Royan en compensation à l'envoi du livre, c'est sans problème et j'aurais la très grande joie de t'accueillir. Il y a justement une chambre de libre, vu que qui-vous-savez est parti tenter l'aventure au pays des jungles exotiques et des varans qui traversent les plages. Nous pourrons justement discuter à l'heure du thé (pour moi ce sera une bière, le thé me brouille l'estomac...) du livre de Rilke (ou du dernier album des Stroumpfs) ; je me propose même de servir de guide pour aller découvrir un peu plus la région.
Réponse à Legzo :
Je suis content que le livre ait trouvé son destinataire. Ce n'est pas difficile à comprendre ; peut-être un petit peu bouleversant parfois.
"Montaigne, Pascal, Diderot, Proust ou...Rilke"
J'ai jamais lu une seule ligne de tous ces artistes biélorusses... C'est bien? je suis pas super aventurier, la littérature de l'est est difficile des fois.
Oula Seb, tu ne veux plus jamais avoir l'occasion de venir à Royan ou quoi? Ou alors tu lis d'abord une oeuvre de chaque auteur sus-cité :)
Merci à Gogo, de m'avoir fait parvenir ces magnifiques extraits de littérature austro-hongroise.
Plein de bonne volonté, j'ai commencé a les lire, et cela m'a ouvert les yeux : je suis pas du tout fait pour lire ce genre de truc. j'ai beau trouver ca intéressant, j'ai un énorme coup de barre aux alentours de la 5ème ligne...
Pour donner des news : j'ai fini (après plusieurs interruptions dues à d'autres livres) ces Lettres que Gogo m'avait fait parvenir.
Bon alors la première lecture m'a laissé un peu de marbre, essentiellement parce qu'elle a été réalisée dans le bus et que c'est pas le meilleur endroit pour se concentrer.
Mais là je relis chaque lettre individuellement et à tête reposée et bon j'appréhende mieux le sens.
Une chose est sûre : je n'aurais pas lu ça par moi-même, mais je suis content de l'avoir fait!