En 1903, Franz Kappus est élève d’une académie militaire allemande. Il a 20 ans et ne sait pas trop ce qu’il fait là. Il suit un parcours qu’on lui a désigné mais préfèrerait se tourner vers une poésie pour laquelle il éprouve du goût sans savoir s’il possède un réel talent. Il cherche des réponses auprès de Rainer Maria Rilke, qui a quitté l’académie pour vivre de sa plume avec succès quelques années plus tôt. En réponse à ses courriers auxquels il a joint des essais de poèmes pour critique, son ainé (de peu puisque Rilke a alors 28 ans) lui fait un ensemble de lettres. Ce sont ces lettres, compilées après le décès du poète qui nous sont présentées ici.

Rilke laisse vite tomber la critique des poèmes pour aborder les sujets d’interrogation de Kappus et la discussion tourne rapidement sur l’affirmation de soi, la création artistique en général et littéraire en particulier, l’amour, la passion et l’accomplissement personnel. Ce n’est pas pour rien que cette correspondance est sous-titrée "Méditations sur la solitude, la création, l’accomplissement intérieur".

 

Rilke n’est pas vraiment réputé pour l’accessibilité de son écriture. Pourtant les lignes qu’il livre ici, si elles sont d’une qualité littéraire exceptionnelle, sont à la portée de presque tout le monde. De n’importe quel jeune homme de 20 ans disons, à condition de se donner les moyens de la réflexion.

Et le maître de délivrer sa vision de quelques éléments clés de la vie. Bien sûr la valeur de ces points de vue n’est réelle que si l'on s’accorde le temps de les mûrir et de les retourner sous toutes les coutures. C’est d’ailleurs un des messages essentiels du livre : ne laisser à personne d’autre qu’à soi-même le soin de se construire ; prendre dans le monde ce qu’on pense être pertinent puis le digérer, l’assimiler et l’intégrer à soi.

Pour ma part, je regrette de ne pas avoir eu accès à ce noeud de pistes de réflexion il y a quelques années. J’ai quand même eu plusieurs fois la petite fierté de me dire que j’étais arrivé aux mêmes conclusions qu’un des grand esprits du siècle précédent par moi-même. Des espèces de jalons qui m’indiquent que ce qui se passe dans les tréfonds de mon cerveau n’est pas si isolé.

Je conclurais en rejoignant mon père sur le fait que ce livre mériterait de tomber dans les mains de toute personne entre l’adolescence et l’âge adulte. Et je pense que je vais le ressortir plusieurs fois de la bibliothèque parce que je ne doute pas qu'à chaque lecture il puisse y avoir quelque chose de neuf à en tirer.