Il faut dire que l'islandais n'est pas un inconnu total. Enfin si. Enfin moi je ne le connaissais pas mais il a déjà eu son petit succès. Quelques bons bouquins parfois primés, souvent vendus en de nombreux exemplaires.
Dans ce roman, ce n'est pas tant l'enquête du commissaire Erlendur que l'on suit, c'est sa vie. Esprit de famille chaotique, souvenirs d'un Reykjavik moins tentaculaire et d'une Islande moins urbanisée, autant de choses qui se lient avec cette enquête sur des ossements datant de la seconde guerre mondiale. On est ballotté alternativement entre les deux histoires écartées d'un demi-siècle d'une famille sous le joug d'un père tyrannique et d'un policier vaguement paumé.
Autant j'ai eu du mal à accrocher au départ, autant j'ai dévoré les derniers chapitres. Et c'est bien là qu'est le talent d'Indridason: imbriquer ces deux histoires dont on sait que les dénouements respectifs auront un lien, faire avancer parallèlement deux lignes du temps, les accélérer et les ralentir simultanément tout en laissant approcher une fin que l'on sait inéluctable mais dont les circonstances restent inconnues.
Le seul petit bémol pour moi porte sur les 7 dernières lignes. Je l'avais vu venir 200 pages avant, mais je me console en ayant trépigné et cogité les 296 pages précédentes. C'est noir, violent, touchant et surtout fantastiquement bien écrit et pas trop égratigné par la traduction. Pour ceux qui connaissent, ça me rappelle Necropolis de Herbert Lieberman.